Manuel Roret du Relieur

 
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Préface

Première partie - Brochage

Deuxième partie - Reliure

Considérations générales

Chapitre 1
Matières employées par le relieur

  1ère section - Peaux
  2ème section - Papier parcheminé, ivoire, écaille, nacre
   § 1. - Le papier parcheminé
   § 2. - L'ivoire
   § 3. - L'écaille
   § 4. - La nacre
  3ème section - Colles

Chapitre 2
Atelier et outillage du relieur


Chapitre 3
Opérations du relieur


Chapitre 4
Racinage et marbrure de la couverture


Chapitre 5
Marbrure sur tranche


Chapitre 6
Dorure et gaufrure


Chapitre 7
Reliure mécanique


Chapitre 8
Reliures diverses


Chapitre 9
Renseignements divers


 

 
§ 3. - L'écaille

On sait que le corps de la plupart des tortues est enfermé dans une espèce de cuirasse et que, comme les coquilles à nacre, cette cuirasse se compose de deux parties bien distinctes, l'une externe, l'autre interne. C'est la partie externe qui constitue L'ÉCAILLE ; elle recouvre l'autre sous forme de plaques.

Quand une cuirasse est complète, ce qui n'a jamais lieu chez certaines espèces, elle présente deux pièces principales : la carapace, qui protège le dos, et le plastron, qui couvre la poitrine et le ventre, lesquelles sont réunies ordinairement par des pièces latérales qu'on appelle sertissures ou onglons.

La carapace comprend 18 plaques qui tantôt se joignent bord à bord, tantôt se recouvrent légèrement comme les tuiles d'un toit, mais toujours sont soudées et rigides. Le plastron n'en contient que 9 qui, à l'exception d'une seule, sont soudées entre elles ou bien articulées. Leur épaisseur, rarement inférieure à 5 millimètres, dépasse quelquefois 30 centimètres. Quant à leurs autres dimensions, elles varient suivant la taille des Tortues qui, à peine grandes parfois comme la paume de la main, atteignent, dans certaines espèces, une longueur de 1 mètre et demi et une largeur de 2 mètres ; elles varient aussi, dans la même tortue, suivant la place que les plaques occupent.

Sauf de rares exceptions, toute l'Ecaille qu'emploie l'industrie est fournie par les Tortues de mer, plus particulièrement par celles qui appartiennent au genre caret, au genre de la tortue franche et au genre caouanne.

Les Carets habitent l'Atlantique, la mer des Indes et une grande partie du Pacifique. Ce sont des tortues de grande taille dont le poids n'est quelquefois pas inférieur à 100 kilogrammes. Leur écaille est la plus belle qui existe, mais elle est relativement peu commune, parce que les individus les plus volumineux ne donnent guère plus de 2 kilogrammes à 2 kilogrammes et demi de matière qu'on puisse travailler.

Les Tortues franches se rencontrent surtout dans l'Atlantique, la mer des Indes et les mers du Sud. Ce sont également des animaux de grande taille.

Enfin, les Caouannes habitent l'Atlantique et la Méditerranée; l'on en rencontre assez souvent sur les côtes de France et d'Angleterre. Elles sont plus petites que les précédentes ; néanmoins, il n'est pas rare d'en prendre dont la longueur dépasse 1 mètre.

Dans le commerce de l'Ecaille, on divise cette matière en huit sortes, savoir :

La grande écaille de l'Inde : elle est fournie par le Caret. Détachée de la carapace, elle se présente en feuilles épaisses, solides, peu flexibles et translucides. Sa couleur est ordinairement noire avec des taches ou jaspures bien détachées, dont la teinte varie du jaune pâle au brun rouge. Elle renferme plusieurs variétés qui viennent, les unes des mers de l'Inde, de la Chine ou du Japon, les autres des îles Seychelles ;

L'écaille jaspée de l'Inde : elle est également four- nie par le Caret et se tire des mêmes lieux. On la confond souvent avec la précédente, dont elle diffère cependant en ce qu'elle n'est tranlucide qu'aux endroits de couleur claire, et qu'elle est tout à fait opaque dans les parties rembrunies ;

La grande écaille d'Amérigue : elle provient de la Tortue franche et nous est fournie par les Antilles et la plupart des contrées de l'Amérique du Sud. Ses feuilles sont plus épaisses et plus grandes que celles des autres sortes. Sa couleur, verdâtre au dehors, noirâtre au dedans, est marquée, particulièrement sur les bords, de larges jaspures d'un rouge brunâtre ou d'un jaune citron ;

La grande écaille de tortue franche : malgré son nom, elle n'est pas fournie par la Tortue franche proprement dite, mais par une autre espèce du même genre. On la reçoit surtout de l'Amérique. Sa couleur est un brun plus ou moins foncé, avec des taches, des bandes ou des marbrures jaunes, rougeâtres ou blanchâtres. Elle est mince, flexible et seulement translucide dans les parties claires ;

La grande écaille de caouanne : comme l'indique son nom, elle provient de la Tortue caouanne. A l'extérieur, elle présente un fond brun, noirâtre ou rougeâtre, avec de grandes taches d'un blanc sale et transparentes, et de petites d'un blanc mat et opaques. A l'intérieur, elle est revêtue d'une matière jaune, semblable à une crasse, et si peu adhérente qu'on la détache avec l'ongle ;

L'écaille de caouanne blonde : elle est fournie par l'une des treize plaques de la carapace de la Caouanne. Cette écaille se distingue des autres par sa couleur d'un jaune doré, qui est d'une transparence un peu louche quand la plaque est brute, mais qui devient d'une grande limpidité, quand elle est polie ;

L'onglon sain de l'Inde : cette sorte provient des pattes du Caret. Elle est lisse, de couleur brune et de faibles dimensions ;

L'onglon galeux d'Amérique : cette écaille est fournie par les pattes de la Tortue franche. Les plaques sont formées de deux feuilles d'inégale grandeur, qui se séparent facilement, et dont l'une est blonde et l'autre brune. On l'appelle galeuse parce qu'elle est quelquefois couverte d'aspérités qui rendent sa surface raboteuse.


On sait que l'écaille est très fragile. Elle se laisse heureusement ramollir par le moyen du feu ou de l'eau bouillante, et ; en outre, elle se soude sans l'intermédiaire d'aucune autre substance, propriété précieuse dont on tire journellement parti dans l'industrie.

Une feuille d'écaille est-elle plus ou moins bombée ? Il suffit, pour la redresser, de la faire tremper dans l'eau bouillante ; puis, quand on la juge suffisamment ramollie, on la place entre deux plaques de cuivre ou de fer bien polies et chauffées à une température de 120 à 150 degrés, et l'on porte le tout sur une presse que l'on serre progressivement.

Pour réunir deux plaques d'écaille, l'opération est également fort simple. Après avoir taillé en biseau l'un des bords de chacune d'elles, on les fait tremper dans l'eau bouillante pour les ramollir. On les retire ensuite, on pose les deux biseaux exactement l'un sur l'autre, et on les maintient en place, en les serrant entre le pouce et l'index, jusqu'à, ce qu'ils se soient entièrement refroidis; ou bien, pour hâter ce refroidissement, on les plonge dans d'eau froide. Il n'y a plus alors, pour achever la soudure, qu'à les disposer, comme ci-dessus, entre deux plaques de métal convenablemont chauffées et à les soumettre à l'action d'une presse.






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