Manuel Roret du Relieur

 
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Préface

Première partie - Brochage

Deuxième partie - Reliure

Considérations générales

Chapitre 1
Matières employées par le relieur


Chapitre 2
Atelier et outillage du relieur


Chapitre 3
Opérations du relieur


Chapitre 4
Racinage et marbrure de la couverture


Chapitre 5
Marbrure sur tranche


Chapitre 6
Dorure et gaufrure

  Observations préliminaires
   § 1. - Dorure sur tranche
   § 2. - Dorure sur le dos et la couverture
   § 3. - Combinaison des fers
   § 4. - Choix des fers
   § 5. - Observations diverses
   § 6. - Moyen de séparer l'or des chiffons qui ont servi à la dorure
   § 7. - Gaufrure
   § 8. - Emploi dans la reliure des percalines grenées et gaufrées

Chapitre 7
Reliure mécanique


Chapitre 8
Reliures diverses


Chapitre 9
Renseignements divers


 

 
§ 5. - Observations diverses

1° Dorure de la Soie.


Nous n'avons parlé, à la page 280, de la manière de dorer la soie que comme d'un procédé commun à toutes les autres substances, parce qu'effectivement nous savons, par expérience, que le procédé qu'on suit pour appliquer l'or sur les peaux peut être également employé avec succès sur la soie. Quelques détails sur ce procédé nous paraissent indispensables.

On fait parfaitement dessécher le blanc d'oeuf, afin de pouvoir le piler et le réduire en une poussière impalpable qu'on passe au tamis de soie. On met cette poudre dans une petite fiole qu'on coiffe d'un parchemin mouillé et bien tendu, comme les bouteilles dans lesquelles on renferme de la sandaraque en poudre pour l'usage des bureaux. On perce avec une épingle, quelques trous dans ce parchemin lorsqu'il est sec, et c'est de cette poussière de blanc d'oeuf qu'on se sert pour l'assiette de l'or. On saupoudre ce blanc d'oeuf sur toutes les places où l'on veut poser l'or ; on peut même se servir de sandaraque, cela est plus usité, surtout en Angleterre. Ensuite on prend une roulette d'un diamètre tel que sa circonférence convexe soit d'une étendue plus grande que la longueur du filet que l'on veut poser ; c'est avec cette roulette que l'on prend la feuille d'or laquelle a été coupée d'avance de la largeur convenable.

Il est facile de concevoir que si la roulette ne présentait pas une circonférence assez longue pour contenir, sans la doubler, une seule épaisseur d'or, le premier bout de la bande qu'on aurait pris, et qui se serait attaché à la roulette, serait recouvert par la fin de la bande ; il y aurait à ce point deux épaisseurs qu'on ne pourrait pas détacher : il est donc important que la roulette soit assez grande pour qu'on n'ait qu'une seule épaisseur.

Tout cela ainsi disposé, et après avoir fait chauffer la roulette plus fortement que pour le cuir et le maroquin, on passe dessus un peu d'huile avec le bout du doigt, on enlève avec elle l'or de dessus le coussin, et on le pose tout de suite sur la place où l'on a mis la poudre. On termine la dorure comme à l'ordinaire.

Lorsqu'on veut coucher l'or sur la soie après le glairage, en suivant le procédé indiqué page 280, on doit humecter les places glairées en dirigeant fortement l'haleine dessus, afin de donner au blanc d'oeuf une certaine moiteur, et l'on pose l'or aussitôt. On pourrait le coucher à l'huile, en usant des précautions nécessaires pour ne pas tacher l'étoffe; mais pour le velours, par exemple, rien ne vaut le blanc d'oeuf en poudre et surtout la poudre de Lepage.

Quelques relieurs tracent d'abord l'ornementation, puis saupoudrent la soie avec de la poudre de Lepage et prennent l'or avec l'ornement dont ils se servent pour dorer. Le graissage de ce fer doit être très léger : une simple passe dans les cheveux suffit.

2° Dorure des milieux sur les plats

Qu'on veuille pousser, sur le plat des volumes, des armoiries, des coins, des fleurons, il faut faire attention si tous les ornements doivent conserver ou non des portions mates. On glaire avec le blanc d'oeuf et avec un pinceau, toutes les parties qui ne doivent pas être mates ; puis, sans attendre que ce glairage soit entièrement sec, car il doit conserver une légère humidité, on couche l'or. Pour cela, on ouvre la couverture du volume, on place le carton sur le billot qu'on a déjà mis sur la presse, exactement au-dessous de la vis, le restant du volume tombant en dehors. L'or étant couché, on pose par dessus la plaque gravée, chaude au point de pouvoir à peine la tenir dans la main, lorsque la couverture est en veau, et moins chaude pour le maroquin. Cela fait, on serre la presse fortement, comme par un coup de balancier, et l'on desserre sur-le-champ.

L'ouvrier ne saurait porter une trop grande attention dans la manière dont il place les plaques sur la couverture en les mettant à la presse. Comme rien ne serait plus ridicule et plus désagréable à la vue qu'une plaque mal disposée, il doit prendre les précautions suivantes : Il doit se servir de l'équerre, d'un compas et de la règle, mesurer bien les distances, afin que les armoiries ou les fleurons soient bien au milieu du plat, que les distances aux quatre bords soient bien égales entre elles, si la plaque le permet, ou au moins que les champs du haut et du bas soient parfaitement égaux entre eux, ainsi que les champs de côté. II faut de plus que le fleuron, quel qu'il soit, ne penche ni d'un côté ni de l'autre. Rien ne prouve plus l'ignorance ou la négligence de l'ouvrier, que l'aspect d'un ornement mal disposé sur la couverture d'un livre ; il vaudrait beaucoup mieux qu'il n'y en eût pas.

Le meilleur guide est celui que l'on confectionne soi-même en coupant un papier du format du volume. On le plie en quatre pour avoir exactement le milieu ; les plis prolongent la mesure dans les deux sens ; en multipliant ces plis, on obtient des points de repère sur toute la surface.

Il faut bien faire attention, quand on applique une dorure au balancier, de ne pas frapper avec celui-ci des coups trop violents qui ont l'inconvénient, quand la peau ou le maroquin sont trop épais, de donner une dorure baveuse et où la délicatesse des lignes est gravement compromise par une pression trop forte. Le goût du relieur doit le guider ici comme dans toutes les autres parties de son art.

3° Observations Rebec

Un habile relieur et doreur, M. A. Rebec, a publié dans le Technologiste, une notice dans laquelle il a décrit sommairement les procédés qu'il a eu l'occasion de recueillir ou de pratiquer dans l'art de dorer les livres, les albums, les portefeuilles, le cuir, la toile, le papier, le parchemin, le velours et la soie. On nous saura gré de reproduire une partie de sa notice.

« De l'assiette en général pour cuir et papier. Une des manipulations principales de la dorure est l'établissement de l'assiette qu'on néglige cependant assez souvent. Les éléments de l'assiette sont, 1° la dissolution de gélatine, 2° le blanc d'oeuf.

« 1° Dissolution de gélatine. On prend un pot qui puisse aller au feu, et on découpe en petits morceaux du parchemin fait avec de la peau de cochon (et non pas avec de la peau de mouton). On introduit dans le pot, on fait bouillir jusqu'à évaporation de la moitié du liquide, et la dissolution est prête. La proportion des ingrédients est d'environ une partie en poids de parchemin pour trois parties d'eau.

« 2° Blanc d'oeuf. Beaucoup de relieurs étendent leur glairage avec de l'eau et du vinaigre, mais je préfère beaucoup laisser le blanc d'œuf d'abord entier et sans le battre, et verser dessus pour chaque oeuf, trois gouttes d'amoniaque puis battre avec soin.

« J'indiquerai à chaque article la manière de se servir de ces deux ingrédients.

« I. Cuir marbré ou à une seule teinte foncée. La couverture en cuir ayant été appliquée au volume, on la frotte avec de bonne huile de noix, on polit au brunissoir, ou dent, on étend un peu de colle de farine, on lave le tout avec de l'urine et on laisse sécher. Alors on fait chauffer la dissolution de gélatine, on en enduit une fois la couverture ; on laisse sécher, et enfin on glaire deux fois le tour au blanc d'oeuf.

« Lorsque cette assiette est sèche au point de pouvoir passer impunément la main dessus, on la polit au brunissoir, comme à l'ordinaire, mais non pas aussi chaud, et l'on dore à l'huile de noix.

« La chaleur pour la dorure de l'écusson et des filets doit être modérée.

« II. Cuir apprêté anglais et allemand. Quand on veut dorer ces sortes de cuir avec beaucoup de propreté, il faut procéder avec un soin extrême parce que autrement ils perdent toute leur beauté et leur mérite. Le volume ayant été couvert, on y imprime aisément le dessin à une chaleur modérée, on frotte à l'huile de noix, on étend un peu de colle de farine très fluide, et on lave largement à l'eau seconde étendue. Enfin le dessin imprimé est glairé à deux reprises différentes avec un pinceau doux, et on dore à l'huile de noix. La chaleur pour la dorure est modérée pour le noir, le vert, le violet et le rouge, et un peu plus élevée, pour le brun.

« III. Chagrin gros grain et Chagrin. Ces deux sortes de cuirs exigent une attention et une propreté toutes particulières, attendu qu'elles acquièrent facilement des taches luisantes et graisseuses qu'il est difficile et même impossible d'enlever.

« Ces cuirs sont particulièrement propres aux impressions en noir et en or, et peuvent fournir de fort beaux produits. Le dessin doit être préalablement imprimé. On le décore en or ou en noir.

« Pour imprimer en or, on donne une seule couche au blanc d'oeuf pur ou deux couches en coupant le blanc d'oeuf ; il ne faut jamais en donner trois, ces couches superposées formant trop d'épaisseur, ce qui donne au cuir une teinte grise et sale.

« On doit huiler avec grand soin, autrement le cuir prend des taches qui ne disparaissent plus, et la dorure s'altère quand on veut les faire disparaître par le lavage. Lorsque le dessin est doré, on procède à l'impression en noir qui s'exécute à la cire blanche. La cire est étendue sur un petit morceau de peau sur lequel on applique le fer qu'on imprime aussitôt, puis on pinceaute avec le vernis des relieurs pour qu'elle prenne un beau noir et de l'éclat.

« La chaleur à la dorure et à l'impression en noir doit toujours être modérée.

« IV. Gros grain ou marocain. Les apprêts anglais ne sont pas bons ; il faut employer ceux des allemands.

« V. Encollage du veau. Quand le volume est recouvert de la peau, on mouille celle-ci avec de l'eau au moyen d'une éponge propre, pour n'avoir pas de taches. Quand elle est sèche, on l'enduit à deux couches avec de la gélatine claire ou de la colle d'amidon ou encore de trois couches avec du blanc d'oeuf pur. La chaleur doit être assez forte.

« Le veau ou la basane ne peuvent supporter l'huile avant l'encollage. On doit éviter d'employer les acides qui détruisent la peau, le vinaigre excepté.

« VI. Dorer mat le veau à la main. La peau sur le volume étant lavée et bien séchée, on y trace le dessin, on encolle une fois avec de l'eau de colle de pâte, une fois avec du lait, une fois avec la dissolution de gélatine, et deux ou trois fois avec le blanc d'oeuf. Pour huiler avant de dorer, il faut procéder avec beaucoup de précaution pour ne pas faire des taches, qui ne disparaîtraient plus. L'assiette, lors de l'impression, doit être encore un peu humide, Dans cette opération, les fers doivent être très chauds.

« VII. Imprimer le veau à la presse. Tout étant disposé, on imprime à la presse son fer à froid ; on enduit une fois avec du lait, puis deux à trois fois avec le blanc d'oeuf. Dans cette dorure on laisse bien sécher l'assiette, afin que les dégradations ou nuances du fer se détachent et soient bien pures. L'or s'applique sans huile, et on le fixe en le pressant avec force avec du coton fin.

« VIII. Dorer le veau en couleur à la presse. Le travail étant imprimé, il faut découper des papiers un peu plus grands que le champ du fer ou de la plaque, les coller sur les bords en trois ou quatre doubles et imprimer simultanément ceux-ci. Alors on prend un couteau pointu et l'on pratique des découpures en parties distinctes, suivant le goût ou le besoin. Ce découpage terminé, on en colle les diverses parties à la colle de pâte, on laisse bien sécher le papier, on l'imprime une seconde fois, puis on enlève celui qui est encore sur le dessin, On enduit une fois avec du lait, deux fois avec le blanc d'oeuf ; on laisse bien sécher, et enfin on imprime à une chaleur tiède, mais vivement.

« On dore comme précédemment. Bien entendu que le papier fin satiné est ce qu'il y a de meilleur pour cet objet.

« IX. Dorure sur cuir de Russie. On imprime le cuir lorsqu'il est sec ; on y passe un pinceau chargé de dissolution de gélatine, et on glaire deux fois. On applique l'or à l'huile avec précaution. La chaleur pour la dorure, doit être modérée.

« X. Velours. Quand on veut dorer sur velours, il faut doubler cette étoffe avec du papier : autrement l'or se détacherait promptement. Pour doubler, on se sert indistinctement de colle de gélatine ou de pâte, ou de gomme arabique dissoute dans de l'eau. Cette dernière est ce qu'il y a de mieux. Lorsqu'on a préparé son volume ou tout autre objet, on imprime assez chaud le dessin avec le fer, afin de rabattre le poil du velours, puis on saupoudre, sur une assez forte épaisseur, le dessin avec de la gomme-gutte réduite en poudre très fine ; on prend l'or avec le fer et l'on applique une chaleur modérée et telle que la main puisse aisément la supporter, mais d'une manière vive et en passant partout également, seul moyen de relever le fer parfaitement net.

« La gomme-gutte pulvérisée finement est introduite dans un cylindre de carton fermé d'un bout et sur l'autre extrémité duquel on colle un morceau d'étoffe de soie ou de gaze, et qu'on frappe avec le plioir. Toute la portion fine se tamise ainsi, et lon broie de nouveau le reste.

«Le velours doit être constamment net et propre, attendu que la moindre malpropreté enlève l'or de dessus le velours.

« Quand l'or s'attache au fer, on frotte celui-ci avec un peu d'huile de noix qu'on verse sur un peu de coton.

« XI. Dorure sur soie. Il faut infiniment d'attention pour dorer sur étoffes de soie, à cause de leur faible épaisseur. Du reste, on procède absolument comme pour le velours, sinon que la pression n'a pas besoin d'être aussi considérable.

« XII. Dorure sur paper blanc et sur papier marbré. On procède sur papier comme au n° VI.

« XIII. Dorure et argenture des cartes de visite. D'abord on fait une petite matrice en carton, puis on y pratique un léger rebord de la même substance, de manière à maintenir fermement les cartes pendant l'impression. Quand tout a été imprimé ainsi, on enduit le fer à deux reprises différentes avec du blanc d'oeuf épais, et l'on sèche jusqu'à ce qu'il n'y ait presque plus d'humidité. On pose alors sur ce fer l'or ou l'argent ; on l'y presse puis on donne au tout un coup de presse seulement. Le fer ne doit pas être trop chaud, mais imprimé presque à froid. Cela fait, on enlève l'excédent d'or avec du coton.

« XIV. Papier maroquiné. - Le papier maroquiné doit être glairé à deux reprises ; cette opération se fait à une chaleur modérée.

« XV. Titres sur papier. On procède comme pour le papier maroquiné.

« XVI. Dorure sur toiles anglaises. Ces toiles sont enduites de colle-forte, bien séchées, puis chargées, en une seule fois, d'une forte dissolution de gélatine et parfaitement séchées. De cette manière on parvient très bien à les dorer. Cependant on peut, si on le veut, les glairer une fois. On peut aussi employer très bien pour cet objet la pommade à dorer, mais alors il ne faut pas de blanc d'oeuf.

« XVII. Dorure sur parchemin blanc. Le parchemin ayant été lavé à l'urine, le dorer à la graisse de porc et imprimer tiède et presque froid.

« XVIII. Autre manière. On prend du parchemin lavé comme ci-dessus, on le découpe en morceaux, on le fait bouillir pour en faire une colle et l'on enduit s'on parchemin en une seule fois, puis on glaire deux fois avec du blanc d'oeuf frais et bien pur. Alors on dore à la graisse de porc et à une chaleur très basse.

« Le parchemin coloré et mat peut être imprimé à la gomme-gutte et à une chaleur très modérée.

XIX. Pommade à dorer. Il vient d'être question de la pommade dite à dorer. Pour faire cette composition, on prend :

Axonge. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90 gram.

Graisse de cerf. . . . . . . . . . . . . . . . . 30

Le blanc d'un oeuf.

Sucs d'oignons de seille. . . . . . . . . . 3 gouttes.

Huile de noix. . . . . . . . . . . . . . . . . . 15 gram.

« On fait fondre l'axonge et la graisse de cerf dans un pot, on bat les trois autres ingrédients ensemble et avec soin, puis on les verse dans les matières grasses, lorsque celles-ci sont légèrement figées. Alors on bat vigoureusement ce mélange jusqu'à ce qu'il n'adhère plus aux parois du pot. »

On prépare la pommade à dorer de bien d'autres manières qu'on a tenues secrètes, mais on en fait actuellement moins d'usage. Voici toutefois une formule plus simple et qui réussit très bien :

Axonge. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125 gram.

Suc de scille maritime. . . . . . . . . . . . . 30

Pommade à la rose. . . . . . . . . . . . . . . 30

Le blanc de 3 oeufs

« On bat ensemble les blancs d'oeufs et le suc de scille jusqu'à les convertir en mousse, puis sur un plat on manipule cette mousse avec la matière grasse jusqu'à ce que le tout soit parfaitement incorporé. »






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