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À propos du séchage du papier
Aujourd'hui, la quasi totalité des papiers fabriqués (même artisanalement) sont séchés artificiellement. Sur les machines, cela se fait à grande vitesse, en tension, et cela s'accompagne d'un surfaçage. Dans les fabriques artisanales, le plus souvent on se contente de chauffer le séchoir, mais il arrive qu'on profite des moyens modernes pour faire d'une pierre deux coups et sortir une feuille quasiment terminée d'un tambour sécheur.
Jusqu’au début du XIX° siècle, tous les papiers séchaient à l’air, dans les parties hautes des moulins, appelées étendoirs dont la majeure partie était utilisée épisodiquement pour procéder au collage.
De Lalande, dont je cite souvent « l'Art de faire le Papier », parle bien du petit étendoir en opposition à l’étendoir de collage. Celui-ci étant utilisé quotidiennement, celui-là cinq ou six fois par an au moment des collages. (Cette opération fera l’objet d’un autre article). Le papier, pressé deux fois, avec les feutres puis sans eux, en « porse blanche », pour à la fois avoir une meilleure tenue mais aussi et surtout pour faire disparaître la trace, chaîne et trame que laissaient les draps (de laine) qui servaient de feutre était donc porté dans le petit séchoir et là, il était étendu sur les cordes, par cahiers de plusieurs feuilles collées ensemble un peu comme un carton. De Lalande souligne bien que, sans cela, il eut été impossible ensuite de tremper les feuilles au moment du collage. Il est important à ce propos d’avoir en tête que les formats de papier excédaient rarement le format coquille (44x56cm) et que l’immense majorité des papiers dépassait rarement les 75 g/m2. Pour avoir pratiqué cette opération, je sais qu’il est impossible de manipuler en les empilant des feuilles de ce format trempées sans en déchirer ou en plisser les trois quart. Alors que cela devient possible si on procède par cahiers plus rigides. Ainsi les feuilles venant de la pressée n’étaient pas mises à cheval sur ces cordes comme on le croit trop souvent mais mises à plat dessus. (Qu’on essaye de plier un cahier d’une dizaine de feuilles mouillées collées entre elles et l’on comprendra vite que ce n’est pas possible de procéder autrement). Donc le séchage définitif se faisait, lui, après le re trempage dans le mouilloir, (bain de colle) ensuite un pressage, pour bien répartir la colle, en évacuer les excès et par la même occasion finir de faire disparaître les dernières trace du feutre. Ce n’est qu’à ce moment qu’on étendait les feuilles une à une sur les cordes (d’ou la taille des étendoirs ou l’on pouvait coller plusieurs centaines de milliers de feuilles en même temps). Ce re-séchage des feuilles se faisait en fait de façon assez homogène d’une fabrication l’autre, parce qu’on prenait beaucoup de précautions par rapport aux conditions climatiques pour que le collage ne tourne pas à la catastrophe, plusieurs semaines de travail étant collées en même temps. Il fallait éviter les temps lourds, orageux, venteux ou le gel et le froid humide. On séchait donc pratiquement toujours dans des conditions de température et d’humidité optimales ni trop brutalement ni trop lentement. Cela explique l’étonnante homogénéité des fabrications qui proviendrait donc du collage. Tout cela est très important pour la vie future du papier. Ce séchage lui permet de trouver sa dimension définitive, celle qu’il reprendra toujours si, pour toutes sortes de raisons, accidentelles ou volontaires, il s’allonge à cause d’un excès d’humidité. Comme la mise à plat définitive, avant le XVIII° siècle se faisait simplement sous des poids ou en presse, rien ne venait modifier le format de la feuille. De plus il s’écoulait au moins deux ans entre le moment de fabrication et celui de la livraison, ce qui permettait au papier de finir de se stabiliser, un peu comme le bois que l’ébéniste ou le luthier laissaient vieillir pendant plusieurs années, de plus, les imprimeurs, prudents, avaient au moins deux à trois ans de stock.. Jacques Bréjoux
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